Entretien : Le gardien des plantes

par | 4 mai 2023

Ren­con­tre avec Nico­las Tal­liu, fon­da­teur de la Société pro­tec­trice des végé­taux (SPV), à Lyon

“Le gar­di­en des plantes” : c’est sous ce pseu­do­nyme que nous avons d’abord con­nu Nico­las via Inter­net, bien avant qu’il ne monte le pro­jet de la SPV, qui a ren­con­tré un fort reten­tisse­ment médi­a­tique il y a quelques mois. Il était déjà pas­sion­né par les plantes et ani­mé par la même mis­sion qu’aujourd’hui : les sauver du gaspillage et de la sur­con­som­ma­tion. Déjà, dans un coin de sa tête, un pro­jet se dessi­nait : ouvrir un jour un lieu unique où il pour­rait récupér­er des plantes des­tinées à la poubelle, pour les soign­er et leur don­ner une sec­onde vie. 

C’est chose faite depuis mars 2021, avec l’ouverture de la Société pro­tec­trice des végé­taux, dans le 7e arrondisse­ment de Lyon. Depuis, sa pépinière urbaine con­naît un immense suc­cès qui n’enlève rien à la sincérité de sa démarche. 

Ren­con­tre avec un pas­sion­né, engagé à 400 %, qui ne mâche pas ses mots !

© Sophie Tran

Du “gardien des plantes” au fondateur de la Société protectrice des végétaux, quel a été votre parcours ?

À l’origine, j’ai un diplôme d’architecte du paysage. J’ai tra­vail­lé en tant que jar­dinier, paysag­iste, mais aus­si con­duc­teur de travaux, puis j’ai fait de l’entretien et de la vente. 

En 2020, j’ai eu l’idée de lancer mon activ­ité de “gar­di­en des plantes”. Dans le but de respon­s­abilis­er les con­som­ma­teurs con­cer­nant leurs achats de plantes et les aider à com­pren­dre com­ment fonc­tion­nent les végé­taux. Cela con­sis­tait en la créa­tion d’un pen­sion­nat et cen­tre de soins, afin de m’occuper des plantes qui étaient soit abîmées, soit délais­sées par leurs pro­prié­taires pen­dant les vacances. Ain­si qu’en l’organisation d’ateliers pour aider à mieux com­pren­dre le fonc­tion­nement des plantes. 

En par­al­lèle, je tra­vail­lais à mi-temps chez un pépiniériste. J’ai demandé à mon patron si je pou­vais récupér­er les plantes qui allaient être jetées. Je m’étais ini­tiale­ment don­né deux ans pour trou­ver un local adap­té pour entre­pos­er ces plantes. Mais mon plan­ning s’est con­sid­érable­ment accéléré lorsqu’on m’a pro­posé un lieu en mars 2021. C’est ain­si que j’ai lancé la SPV, une pépinière de récupéra­tion de plantes

Dès le départ, le pro­jet de la SPV a ren­con­tré un très fort engoue­ment, m’obligeant à réor­gan­is­er un peu mes dif­férentes cas­quettes ! Mon activ­ité de “gar­di­en des plantes” con­tin­ue et va con­tin­uer, elle est intrin­sèque­ment liée à ma per­son­ne, très incar­née. La SPV, elle, a voca­tion à être portée par d’autres per­son­nes que moi et à essaimer dans d’autres lieux !

D’où est venue l’idée de la SPV ?

Lorsque je tra­vail­lais dans la vente, les clients me demandaient des con­seils pour entretenir leurs plantes. Les recom­man­da­tions que j’avais à leur don­ner allaient plutôt à l’inverse de ce qu’on demande à un vendeur… J’étais aus­si un peu agacé de voir que les gens achetaient des plantes d’intérieur par “écolo­gie” alors que c’est sou­vent tout sauf écologique

Le prob­lème de la pro­duc­tion de plantes est com­plexe. Même si on décide de ne ven­dre que des bou­tures, ce qui est en soi une bonne idée pour ne pas acheter de nou­velles plantes. Bou­tur­er demande beau­coup plus de temps et d’argent que d’acheter un nou­veau spéci­men ! Il est ten­tant de se pro­cur­er un plant à dix cen­times aux Pays-Bas plutôt que de pass­er des semaines à créer et dévelop­per son pro­pre plant… Même prob­lème chez les pépiniéristes : peu de plantes sont réelle­ment pro­duites à 100 % locale­ment. La plu­part du temps, on achète des petits plants et on les développe. Tout cela m’a amené à penser qu’il fal­lait un pro­jet nou­veau, qui ne soit porté que sur les soins, et non sur la pro­duc­tion. Avec la SPV, je défends des principes de cir­cuit court, local, et d’économie cir­cu­laire.

La SPV a donc pour objectif de limiter l’importation et la surproduction de nouveaux plants, mais aussi de lutter contre le gaspillage ?

Tout à fait. 

Ironique­ment, les plantes que l’on vend le plus (mis­ère, mon­stera, chloro­phy­tum) sont celles qui sont les plus faciles à bou­tur­er !

Pourquoi con­tin­uer à en acheter, alors qu’il y en a plein dans nos intérieurs. Il suf­fit de se les échang­er pour réduire con­sid­érable­ment notre empreinte car­bone ?

En par­al­lèle, il y a en effet la ques­tion du gaspillage, notam­ment chez les pro­fes­sion­nels. Aujourd’hui, de nom­breuses plantes par­tent à la poubelle (au mieux au com­post, mais sou­vent, au tout-venant). Cela représente même un coût pour les pro­fes­sion­nels, qui doivent organ­is­er la col­lecte de leurs déchets. Lorsque je viens les récupér­er, c’est donc gag­nant pour tout le monde ! Par­fois, cer­taines ne peu­vent pas être totale­ment sauvées. On peut tout de même les bou­tur­er avant de les jeter, c’est mieux que rien.

© Sophie Tran

Ce sont des plantes “d’occasion”, donc ?

Oui, des plantes qui ont une his­toire ! Avec ce sys­tème, vous allez peut-être recrois­er votre plante au comp­toir de la banque, dans une bou­tique ou chez un ami ! 

Aujourd’hui, la con­som­ma­tion locale, le zéro déchet et la sec­onde main ont le vent en poupe : on y pense pour les vête­ments, pour les livres… mais encore très peu pour ce qui relève du vivant. Le nom “SPV” est bien sûr un clin d’œil à la SPA, car ce sont les seuls à pro­pos­er du “vivant” qui a une his­toire. 

D’ailleurs, on devrait lancer une cam­pagne de sen­si­bil­i­sa­tion à l’abandon des plantes en vacances, comme la SPA le fait avec les ani­maux !

La pre­mière ques­tion à se pos­er lorsqu’on adopte une plante est : “com­ment pour­rai-je m’en occu­per lorsque je par­ti­rai en vacances” ?

C’est pour cela que je pro­pose aus­si des ser­vices de gar­di­en­nage.

Quels types de plantes récupérez-vous à la SPV ? 

Je récupère tout : plantes d’intérieur ou d’extérieur (même si je n’ai pas beau­coup de plantes potagères). Par­fois, il m’arrive de récupér­er une plante et de ne pas savoir ce que c’est ! 

J’ai trois sources prin­ci­pales d’approvisionnement. Tout d’abord, les par­ti­c­uliers : ils m’apportent les plantes qui sont abîmées, dont ils doivent se débar­rass­er (pour cause de démé­nage­ment par exem­ple) ou des bou­tures. Ensuite, les reven­deurs (fleuristes, grossistes) : il s’agit là de plantes qui sont sou­vent en très bon état, mais qu’ils ne peu­vent plus ven­dre parce qu’elles sont défleuries ou parce qu’ils ont trop de stock. Je tra­vaille aus­si beau­coup avec les pépiniéristes : ils ont l’avantage de pro­pos­er des plantes déjà accli­matées. Je récupère des plantes abîmées, mais qui sont capa­bles de s’adapter facile­ment au cli­mat et à la région, con­traire­ment à celles qu’on trou­ve dans les jar­diner­ies tra­di­tion­nelles ! Enfin, je me rap­proche aus­si des ser­vices com­mu­naux, qui enlèvent des plantes trois à qua­tre fois par an dans les espaces publics (jardins, ronds-points, etc). 

En revanche, je refuse de tra­vailler avec les grandes enseignes type super­marchés… Ils ne respectent pas les plantes : il y a même un célèbre mag­a­sin de meubles qui se per­met de ven­dre des plantes en sous-sol, sans lumière et sans eau ! J’aimerais mon­ter une ligue pour dénon­cer les reven­deurs de plantes qui n’ont pas un amé­nage­ment adap­té, comme c’est le cas pour les ani­maux.

© Sophie Tran

Et ensuite, qu’en faites-vous ?

Je récupère les plantes en masse pour faire de la place aux pro­duc­teurs et reven­deurs ; il y a donc d’abord une phase de tri. Je revends tout de suite ce qui est en bon état. Quant aux autres, je m’occupe de les remet­tre sur pied : je les taille, je traite les par­a­sites, je les rem­pote… Les clients peu­vent aus­si choisir d’acheter la plante en l’état : dans ce cas, je leur explique les soins qu’ils devront lui apporter pour qu’elle se rétab­lisse. Pour celles qui sont vrai­ment très abîmées, j’ai un petit “hôpi­tal” : c’est le coin du dernier espoir ! Ce qui n’est absol­u­ment pas récupérable part au com­post et je récupère la terre qui est bien amendée.

Que peuvent faire les particuliers pour éviter ces dérives ?

Pour les plantes d’extérieur, allez en pri­or­ité chez votre pépiniériste et deman­dez-lui des plantes locales, adap­tées à votre région. Pour les plantes d’intérieur, le mieux est d’utiliser les plate­formes de revente ou de troc. Comme Le Bon Coin ou Troque ta plante… ou de s’échanger des bou­tures entre amis !

De plus, il est impor­tant de se ren­seign­er, com­pren­dre, partager, pour s’informer et sen­si­bilis­er son entourage. Et, bien sûr, soign­er ses plantes plutôt que de les renou­vel­er sans cesse !

Comment fonctionne votre modèle économique ?

Je ne paye pas les plantes que je récupère chez les par­ti­c­uliers, car je fais le déplace­ment pour les débar­rass­er. Quant à celles que je récupère chez les pro­fes­sion­nels, je les achète moins cher, puisque ce sont des inven­dus. Du coup, je suis en mesure de ven­dre des plantes à des prix 50 % plus bas que ceux du marché !

Je me suis égale­ment beau­coup appuyé sur le pub­lic pour faire con­naître mon pro­jet et avoir du sou­tien. Aujourd’hui, je ne suis mal­heureuse­ment pas recon­nu comme acteur de l’ESS (économie sociale et sol­idaire). La vente de plantes ne fait pas par­tie de l’économie cir­cu­laire.

Quels sont vos projets pour la SPV ?

J’ai besoin de trou­ver un nou­veau ter­rain rapi­de­ment. Celui-ci devient trop petit et il ne m’est octroyé de toute façon que pour deux ans ! 

Je souhaite accom­pa­g­n­er les villes et les acteurs qui veu­lent dévelop­per ce type de pro­jet dans d’autres villes. L’idée com­mence déjà à faire des émules. À Nantes, il y a une bro­cante verte qui s’est créée en même temps que la SPV, et à Paris, des pro­jets com­men­cent à se mon­ter. L’idée est de faire béné­fici­er ces struc­tures de mon exper­tise pour con­tin­uer à œuvr­er dans le bon sens !

POUR TROUVER DES PLANTES D’OCCASION

Appli­ca­tion Le Bon Coin

Groupes Face­book locaux “Troque ta plante”

www.troc-aux-plantes.com

ACTUS 

Ate­liers tous les samedis matin autour des bou­tures, de l’upcy­cling, de l’agriculture urbaine, etc.
Voir le pro­gramme sur le site : societeprotectricedesvegetaux.com

Arti­cle issu du Numéro 8 — Hiv­er 2021 — “Créer”

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