Enquête : Insectes un déclin silencieux

Au tra­vers de cette enquête, nous abor­dons les raisons d’un déclin galopant des insectes et les dif­férents mécan­ismes de pro­tec­tion.

par | 15 février 2023

Par Noémie Melen.


Les insectes con­stituent le plus grand groupe du règne ani­mal, avec une immense var­iété d’espèces. On estime qu’il existe plus de 5 mil­lions d’espèces d’insectes sur terre, dont seule­ment 20 % sont con­nues à ce jour, et que 80 % de toutes les dif­férentes sortes d’animaux sont des insectes !

En jan­vi­er 2021, l’Académie des sci­ences a ren­du un rap­port, aler­tant sur le déclin des insectes et les con­séquences qu’il peut entraîn­er à court et long ter­mes. Indis­pens­ables au fonc­tion­nement de toute la planète, ils sont, hélas, par­mi les êtres vivants les plus touchés par le change­ment cli­ma­tique, la pol­lu­tion et l’effondrement de la bio­di­ver­sité qui en résulte.

Petits, voire invis­i­bles, mécon­nus, voire craints, trop nom­breux – en apparence – pour être envis­agés comme men­acés, ils sont les grands lais­sés-pour-compte de la pro­tec­tion des ani­maux. C’est pourquoi leur rapi­de déclin, au cours des dernières décen­nies, est passé rel­a­tive­ment inaperçu auprès du grand pub­lic. Seules cer­taines espèces con­sid­érées comme utiles (les abeilles) ou agréables (les papil­lons) ont par­fois eu droit à un coup de pro­jecteur. 

Il est temps de pren­dre con­science du rôle essen­tiel qu’ils jouent dans nos vies et nos écosys­tèmes, et d’agir sans plus atten­dre. Comme l’exprimait le biol­o­giste Edward O. Wil­son,  si les humains dis­parais­saient, “la terre reviendrait à l’état d’équilibre qui exis­tait il y a 10 000 ans”, mais “si les insectes dis­parais­saient, l’environnement som­br­erait dans le chaos.

Insecte, n. m. : “ani­mal invertébré artic­ulé, qui respire par des tra­chées et dont la tête est indépen­dante du tho­rax, lequel com­prend trois anneaux por­tant cha­cun une paire de pattes.”

Exem­ples : abeilles, papil­lons, four­mis, coléop­tères, gril­lons, ter­mites, bousiers, mous­tiques…

⚠️ Les araignées ne sont pas des insectes : elles ont huit pattes et non six.

Des travailleurs de l’ombre

Cer­tains sci­en­tifiques ont ten­té de don­ner une valeur moné­taire à qua­tre “ser­vices” ren­dus par les insectes (enter­re­ment d’excréments, pollini­sa­tion, con­trôle par­a­sitaire et nutri­tion de la faune). Pour les États-Unis seule­ment, cela représente une fac­ture de près de 57 mil­liards de dol­lars chaque année ! Et il existe prob­a­ble­ment bien d’autres ser­vices, non encore décou­verts, offerts par nos amis à six pattes…

Loin de nous, toute­fois, l’idée de pro­téger les insectes parce que ils nous ren­dent ser­vice. Au con­traire, il nous sem­ble juste de les défendre au seul nom de la valeur intrin­sèque de la bio­di­ver­sité. Se pose-t-on la ques­tion de l’utilité de l’humain ? 

Ceci étant, pren­dre con­science des rôles joués par les insectes per­met de mieux com­pren­dre l’ampleur des con­séquences qu’engendrerait leur dis­pari­tion. On s’aperçoit alors que l’accélération de leur déclin pour­rait bien remet­tre com­plète­ment en ques­tion le monde tel que nous le con­nais­sons.

1️⃣ Des pollinisateurs, garants de notre sécurité alimentaire

Les trois quarts de nos cul­tures ont besoin des pollinisa­teurs (ani­maux, prin­ci­pale­ment des insectes, trans­portant le pollen) pour se repro­duire. Sans les insectes, pas de pommes, d’amandes, de frais­es, d’oignons, de figues, de courges, etc. C’est tout notre sys­tème ali­men­taire qui s’effondre ! De plus, selon le rap­port de l’IPBES (Inter­gov­ern­men­tal Sci­ence-Pol­i­cy Plat­form on Bio­di­ver­si­ty and Ecosys­tem Ser­vices) de févri­er 2016, le vol­ume mon­di­al de cul­tures reposant sur la pollini­sa­tion a aug­men­té de 300 % en 50 ans, nous ren­dant encore plus dépen­dants de ce phénomène. Ain­si, en Chine, les pro­duc­teurs de fruits en sont réduits à pollinis­er leurs arbres à la main du fait de la dis­pari­tion des abeilles, et ce depuis déjà près de 20 ans !

Notre régime ali­men­taire perdrait égale­ment en diver­sité et en équili­bre, puisque de nom­breuses var­iétés dépen­dantes des pollinisa­teurs sont des sources majeures de micronu­tri­ments indis­pens­ables (vit­a­mine A, fer et folate).
Enfin, la pollini­sa­tion est utile dans de nom­breuses indus­tries comme la médecine, les bio­car­bu­rants (huile de canola), les fibres tex­tiles (coton, lin), la con­struc­tion de matéri­aux, etc., qui se trou­veraient donc aus­si men­acées.

90% des plantes à fleurs et 75% des cul­tures dépen­dent de la pollini­sa­tion. Ce dernier chiffre représente 215–530 mil­liards de d’eu­ros par an.

Source : IPBES

2️⃣ Des pourvoyeurs, rouages indispensables de la chaîne alimentaire

En tant que pollinisa­teurs et prop­a­ga­teurs de graines, les insectes par­ticipent égale­ment à la sta­bil­ité et au fonc­tion­nement de nom­breux réseaux ter­restres de nour­ri­t­ure, puisque les plantes sauvages, dont ils assurent la péren­nité, offrent à leur tour pléthore de ser­vices à d’autres ani­maux (nour­ri­t­ure, abri, habi­tat, etc.).

Les insectes sont présents au sein d’à peu près toutes les chaînes ali­men­taires. De nom­breuses espèces d’oiseaux, de chauves-souris, d’amphibiens ou de pois­sons en font les prin­ci­paux mets de leur carte.

Leur déclin risque donc d’entraîner une ten­dance sim­i­laire chez d’autres espèces. De tels phénomènes sont déjà observés chez cer­tains oiseaux majori­taire­ment insec­ti­vores. 

À leur tour, un grand nom­bre d’insectes se nour­ris­sent de par­a­sites, qui ne feraient qu’une bouchée de nos cul­tures. Ce sont de véri­ta­bles pes­ti­cides sans pro­duits chim­iques. Ils per­me­t­tent donc de réduire le coût des con­trôles anti-par­a­sites, d’avoir de meilleures récoltes et de dimin­uer les résidus tox­iques.

3️⃣ D’indispensables agents de recyclage 

De nom­breux insectes se nour­ris­sent de déchets organiques : sans eux, les feuilles, les car­cass­es d’insectes, ain­si que les cadavres d’animaux (et d’humains) s’a­mon­celleraient. Les scarabées bousiers, par exem­ple, digèrent les excré­ments d’herbivores en vingt-trois mois ; sans leur aide, il faudrait vingt-huit mois pour que ceux-ci se décom­posent.

En décom­posant la matière organique, les insectes libèrent des nutri­ments indis­pens­ables au bon fonc­tion­nement de la terre ; sans eux, les nutri­ments resteraient coincés au sein des excré­ments, plantes et ani­maux morts. Ain­si, les insectes for­ment, sans aucun doute, la meilleure fil­ière de recy­clage de la planète

4️⃣ Des ingénieurs du sol, au service de la fertilité des terres

Une grande quan­tité d’insectes présente dans le sol est le signe d’une terre en bonne san­té. Pro­to­zoaires, acariens, tardi­grades, vers de terre, myr­i­apodes, etc. : ils décom­posent et frag­mentent les déchets, aèrent et brassent la terre, la ren­dant cul­tivable et fer­tile. Les ter­mites et four­mis peu­vent trans­former un sol infer­tile en zone cul­tivable en moins d’un an !

Le déclin des insectes entraîne donc un risque inquié­tant de déser­ti­fi­ca­tion des ter­res. Sans ces archi­tectes ter­restres, les sols des régions arides devi­en­nent stériles, les cul­tures échouent et le désert s’étend.

Un état des lieux alarmant, mais une prise de conscience tardive

S’il est par­fois dif­fi­cile d’établir un état des lieux pré­cis, tant le sujet d’étude est vaste, la qua­si-total­ité des études s’accordent sur un point : le nom­bre d’insectes est en chute presque partout sur la planète, que ce soit dans des zones agri­coles ou en pleine nature. Cela se traduit  com­muné­ment par le “syn­drome du pare-brise” : les auto­mo­bilistes con­sta­tent que de moins en moins d’insectes s’abattent sur leur pare-brise. À cela s’ajoute une diminu­tion du nom­bre des espèces dif­férentes et donc, une réduc­tion de la bio­di­ver­sité. 

L’une des études récentes les plus com­men­tées a été réal­isée en Alle­magne et pub­liée par la revue sci­en­tifique PLOS One. Après avoir observé de nom­breuses zones pro­tégées en Alle­magne, entre 1989 et 2016, les sci­en­tifiques impliqués dans le pro­jet ont con­clu à une diminu­tion de 76 % de la bio­masse d’insectes volants. Des résul­tats sim­i­laires ont été observés dans bien d’autres pays. 

France : 55 % des pop­u­la­tions d’in­sectes en état de con­ser­va­tion défa­vor­able

Source : Rap­port du Com­mis­sari­at général au développe­ment durable, mars 2020

Par­mi les espèces les plus en dan­ger se trou­vent les papil­lons et les coléop­tères, les pre­miers étant par­ti­c­ulière­ment touchés par la perte de leur habi­tat de prédilec­tion (prairies, lan­des et four­rés). Selon une étude de la revue académique PNAS, leur pop­u­la­tion aurait chuté de 39 % depuis 1990 dans 16 pays européens. Les insectes vivant en milieu aqua­tique et humide font aus­si par­tie des plus men­acés (seuls 15 % sont dans un état favor­able).

Ces chiffres sont d’autant plus alar­mants que, con­traire­ment à la plu­part des autres espèces ani­males, les insectes avaient tou­jours mon­tré des taux de dis­pari­tion très faibles. Des don­nées obtenues à par­tir de fos­siles ont prou­vé que, dans le plus grand sous-ordre de coléop­tères dont font par­tie les scarabées, pas une seule famille ne s’était éteinte au cours de toute leur his­toire évo­lu­tion­naire. Pas même lors de la grande extinc­tion de masse d’il y a 66 mil­lions d’années, qui engen­dra, entre autres, la dis­pari­tion des dinosaures !

Mal­heureuse­ment, en dehors de la com­mu­nauté sci­en­tifique, la société peine à pren­dre la mesure du phénomène, sans doute à cause de l’image néga­tive qu’ont les insectes. Con­sid­érés comme nuis­i­bles, “méchants” (guêpes), vecteurs de mal­adies (mous­tiques) ou ravageurs de cul­ture (sauterelles), ils sont aus­si perçus comme étant trop nom­breux pour être réelle­ment en dan­ger.

Les raisons d’un déclin galopant

De nom­breux phénomènes sont à l’origine de cette dis­pari­tion effarante. Tous ont en com­mun d’être reliés de près ou de loin à l’activité des sept mil­liards d’humains présents sur la planète. 

1️⃣ Le réchauffement climatique

Le boule­verse­ment des saisons, provo­qué par le change­ment cli­ma­tique, a des con­séquences désas­treuses pour la plu­part des ani­maux. L’étendue, l’intensité et la saison­nal­ité des activ­ités de cer­tains insectes pollinisa­teurs (bour­dons et papil­lons, par exem­ple) ont ain­si déjà changé au cours des dernières décen­nies, afin d’y faire face. Il est très prob­a­ble qu’à par­tir de 2050, les change­ments cli­ma­tiques soient si bru­taux que les insectes n’auront pas le temps de s’adapter ni de migr­er. 

Qui plus est, cer­taines cul­tures, comme celle de la pomme ou du fruit de la pas­sion, pour­raient voir leur pollini­sa­tion affec­tée puisque les zones de cul­ture et celles où se trou­vent leurs pollinisa­teurs ris­queraient de ne plus coïn­cider. À cette désyn­chro­ni­sa­tion géo­graphique s’ajoute une désyn­chro­ni­sa­tion tem­porelle : les péri­odes d’émergence d’insectes pour­raient aus­si ne plus coïn­cider avec celles de flo­rai­son des plantes.

Enfin, l’augmentation des cat­a­stro­phes cli­ma­tiques comme, par exem­ple, les incendies con­sé­cu­tifs aux péri­odes de sécher­esse, est l’un des prin­ci­paux fac­teurs du déclin des insectes dans les zones à risques.

Con­traire­ment à nous, les insectes ne savent pas réguler leur tem­péra­ture cor­porelle : ils sont donc par­ti­c­ulière­ment sen­si­bles aux change­ments de tem­péra­ture.

2️⃣ Les pesticides

Les pro­duits phy­tosan­i­taires, util­isés majori­taire­ment par les agricul­teurs pour élim­in­er les insectes qui men­a­cent leurs récoltes, sont l’une des prin­ci­pales caus­es de leur déclin. Dans cer­taines régions du monde, on en répand d’ailleurs sci­em­ment plus que néces­saire, afin de s’assurer une récolte et donc un revenu.

Dévelop­pés spé­ci­fique­ment pour tuer les insectes, dont cer­tains rav­agent les cul­tures, les insec­ti­cides de syn­thèse présen­tent de nom­breux incon­vénients. Tout d’abord, ils ne sont pas sélec­tifs et tuent toutes les espèces, nuis­i­bles ou non. De plus, ils s’infiltrent dans le sol et dans l’eau, sont per­sis­tants et sol­ubles, ce qui pro­longe leurs effets indésir­ables. Enfin, ils “s’améliorent” rapi­de­ment : les néon­i­coti­noïdes, récem­ment réin­tro­duits en France sous la pres­sion des pro­duc­teurs de bet­ter­ave, sont 1 000 fois plus tox­iques que les insec­ti­cides des généra­tions précé­dentes et représen­tent ain­si l’une des caté­gories les plus dan­gereuses. Ils provo­quent l’effondrement des colonies d’abeilles domes­tiques, mais aus­si de nom­breuses autres espèces d’abeilles et d’insectes en général.

Le paysage agri­cole améri­cain est aujourd’hui 48 fois plus tox­ique qu’il ne l’é­tait il y a 25 ans pour les abeilles.

Source : PLOS One

Enfin, les insec­ti­cides peu­vent con­duire au déclin des insectes même lorsqu’ils sont util­isés à des dos­es sub­lé­tales car ils per­turbent leur com­porte­ment, les ren­dant inca­pables de se nour­rir, se repro­duire ou se défendre con­tre les infec­tions. La pollini­sa­tion réal­isée par des insectes affec­tés serait égale­ment de moin­dre qual­ité.

3️⃣ La destruction de leurs habitats 

C’est sans doute moins évi­dent que pour les koalas ou les orang-out­ans, mais les insectes aus­si sont atteints par la perte de leur habi­tat. La déforesta­tion et la trans­for­ma­tion des prairies en ter­res agri­coles ou en zones urbaines (qui représen­tent la moitié de la sur­face des ter­res aujourd’hui) touchent tous les insectes.

Ils ne per­dent pas seule­ment en sur­face hab­it­able, mais égale­ment en diver­sité de nour­ri­t­ure. En effet, les forêts ou les prairies regor­gent d’une flo­re très var­iée qui per­met à une grande diver­sité d’insectes de coex­is­ter. Lorsqu’elles sont rem­placées par des champs de mono­cul­ture ou des zones urbaines, c’est tout un écosys­tème qui s’effondre. Cet effet est encore accen­tué par l’utilisation de désherbants, qui réduisent l’abondance et la diver­sité des plantes à fleurs, sources de pollen et de nec­tar pour de nom­breux insectes.

Les milieux aqua­tiques sont égale­ment touchés. Digues, bar­rages, cen­trales hydrauliques ou dra­gage des fonds entraî­nent de fortes per­tur­ba­tions de ces habi­tats, qui abri­tent de nom­breux insectes. Par­mi eux, l’éphémère, dont un cinquième des espèces est men­acé en France. Un chiffre alar­mant puisque ces ani­maux se trou­vent tout en bas de la chaîne ali­men­taire, con­sti­tu­ant une source de nour­ri­t­ure impor­tante pour de nom­breuses espèces.

5 mil­lions d’hectares de forêts qui dis­parais­sent chaque année

70 % des prairies qui ont dis­paru dans les pays dévelop­pés

87 % des zones humides détru­ites

Sources : Revue Sci­ence et IPBES

4️⃣ La pollution

Qu’elle soit provo­quée par la dif­fu­sion de pol­lu­ants dans l’air, de pes­ti­cides et engrais dans les sols et riv­ières, ou encore par la cir­cu­la­tion et les activ­ités indus­trielles, la pol­lu­tion a des effets délétères sur les pop­u­la­tions d’insectes qui y sont con­fron­tés. Même les lumières de nos villes con­stituent un ter­ri­ble piège pour beau­coup d’insectes volants.

Une récente étude a mis en avant un effet inat­ten­du de la pol­lu­tion au dioxyde d’azote (NO2), fréquente dans les villes. Les plantes exposées à de forts taux de NO2 auraient dévelop­pé une plus grande résis­tance aux insectes her­bi­vores, car elles sécrè­tent plus de pro­duits chim­iques pour se défendre. Les espèces qui dépendaient aupar­a­vant de ces végé­taux pour sur­vivre sont donc mis­es à mal. On a ain­si con­staté des défauts de crois­sance chez nom­bre d’entre elles !

5️⃣ Les espèces parasites

On par­le sou­vent de ces insectes “asi­a­tiques” qui envahissent nos con­trées et con­stituent une con­cur­rence déloyale pour les espèces autochtones. En réal­ité, il s’agit générale­ment d’un prob­lème lié à l’introduction d’e­spèces étrangères, qui met effec­tive­ment en péril la faune locale. Ain­si, des espèces de bour­dons d’Amérique du Sud et des États-Unis ont dis­paru suite à l’introduction d’abeilles… européennes !

Les prin­ci­pales caus­es de ces inva­sions sont l’élevage de masse et le trans­port à grande échelle d’espèces d’insectes domes­tiques (comme les bour­dons), des­tinés à pollinis­er des cul­tures, et le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, qui pousse cer­tains insectes trop­i­caux à chercher refuge dans des zones plus tem­pérées.

Ces espèces par­a­sites peu­vent s’attaquer aux plantes dont se nour­ris­sent les insectes endémiques, mais aus­si devenir des pré­da­teurs, en con­som­mant directe­ment les espèces locales. Elles peu­vent égale­ment amen­er avec elles des agents pathogènes qui seront ensuite trans­mis aux insectes locaux.

Ces dif­férents mécan­ismes, déjà très préoc­cu­pants pris seuls, se super­posent et se ren­for­cent entre eux. Leurs effets délétères se man­i­fes­tent directe­ment par la mort des insectes ou indi­recte­ment en abais­sant leur seuil de résilience, en com­pli­quant leur repro­duc­tion ou en per­tur­bant leur com­porte­ment, déclen­chant une spi­rale de déclin.

Quels mécanismes de protection ?

Face à cette sit­u­a­tion, de nom­breuses actions sont mis­es en place. Il est grand temps de “recoudre” le tis­su de notre planète que for­ment les plantes et les insectes, comme le dit Scott Black, directeur de la Xerces Soci­ety, une organ­i­sa­tion des­tinée à la con­ser­va­tion des invertébrés.

Selon le rap­port de l’Académie des sci­ences, l’une des mesures les plus urgentes à pren­dre est la réduc­tion de l’usage des insec­ti­cides de syn­thèse en agri­cul­ture. Des méth­odes alter­na­tives, fondées sur l’approche agro-écologique, doivent être recher­chées et mis­es en place. Au niveau européen, les néon­i­coti­noïdes ont déjà été inter­dits, mais cette mesure a été par­tielle­ment remise en cause en France en 2020 pour les cul­tures de la bet­ter­ave sucrière. En effet, alors qu’ils étaient soumis à l’interdiction depuis 2018, les pro­duc­teurs français de cette fil­ière sont à nou­veau autorisés à avoir recours à ces pro­duits jusqu’en 2023. En Alle­magne, le Pro­gramme d’action pour la pro­tec­tion des insectes prévoit de restau­r­er leur habi­tat, d’interdire l’usage des pes­ti­cides dans cer­taines zones et de sup­primer pro­gres­sive­ment le glyphosate. Au niveau local, de nom­breuses villes ont pris d’ambitieuses ini­tia­tives : en 2008, Stras­bourg a été l’une des pre­mières villes à inté­gr­er le réseau “Com­munes sans pes­ti­cides”. Depuis, leur usage a été ban­ni des espaces publics (parcs, jardins ou ter­rains de sport).

Il s’agit aus­si évidem­ment de restau­r­er, voire d’améliorer, les écosys­tèmes naturels afin de préserv­er les habi­tats des insectes. On par­le ici des forêts, des prairies, des zones humides, mais aus­si, à plus petite échelle, des parcs et jardins, des murs végé­tal­isés, des haies, des ban­des de ver­dure… C’est l’hétérogénéité et la con­nec­tiv­ité des paysages qu’il con­vient de per­fec­tion­ner pour le main­tien, à long terme, du poten­tiel évo­lu­tif des insectes.

Enfin, une réha­bil­i­ta­tion de l’image et de la répu­ta­tion des insectes est indis­pens­able pour sen­si­bilis­er les insti­tu­tions et les par­ti­c­uliers. 

Com­ment aider les insectes à votre échelle ?

  • Retardez ou cessez la tonte de votre pelouse. 
  • Dites bye-bye aux pes­ti­cides.
  • Plantez des plantes mel­lifères : lan­tana, échi­nacée ou cos­mos.
  • Plantez une diver­sité de plantes locales.
  • Lais­sez fleurir vos aro­mates.
  • Installez un hôtel à insectes, quelques pier­res, ou des con­struc­tions en pierre sèche
  • Évitez de trans­met­tre votre dégoût des insectes à vos enfants.

La bio­di­ver­sité a une très forte capac­ité de résilience. Si on la laisse tran­quille, elle peut repar­tir dans le bon sens et très vite. En 20 ans, 30 ans – à peu près le temps qu’il a fal­lu pour la détru­ire –, elle peut repar­tir. Mais il faut la laiss­er tran­quille.” Jean-Marc Bon­matin, tox­i­co­logue expert des néon­i­coti­noïdes


La Nature n’est pas un puz­zle dans lequel on peut enlever les pièces qui nous dérangent”, comme le dit si bien Philippe Grand­co­las, directeur de l’Institut de sys­té­ma­tique, évo­lu­tion, bio­di­ver­sité au Muséum d’Histoire naturelle de Paris.

Il est grand temps de lever le nez du guidon et de penser les insectes à l’échelle du vivant. Faisons en sorte que les écosys­tèmes fonc­tion­nent, plutôt que de vouloir en détru­ire les acteurs qui sont négat­ifs momen­tané­ment, et nous aurons résolu une bonne par­tie du prob­lème.

Enquête pub­liée dans le Numéro 5 — Print­emps 2021 de Veìr Mag­a­zine.

Sources prin­ci­pales

  • Assess­ment report on pol­li­na­tors, pol­li­na­tion and food pro­duc­tion, IPBES (Inter­gov­ern­men­tal Sci­ence-Pol­i­cy Plat­form on Bio­di­ver­si­ty and Ecosys­tem Ser­vices), févri­er 2016
  • Where have all the insects gone?”, Nation­al Geo­graph­ic, mai 2020
  • Le déclin des insectes : il est urgent d’agir, Rap­port de l’Académie des sci­ences, 26 jan­vi­er 2021
  • “More than 75 per­cent decline over 27 years in total fly­ing insect bio­mass in pro­tect­ed areas”, PLOS One, 18 octo­bre 2017
  • Insect decline in the Anthro­pocene: Death by a thou­sand cuts”, PNAS (Pro­ceed­ings of the Nation­al Acad­e­my of Sci­ences of the Unit­ed States of Amer­i­ca)
  • www.arthropologia.org

Arti­cle issu du Numéro 5 – Print­emps 2021 “Col­or­er”

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